Laboratoire de Chimie Bactérienne UMR 7283

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L’histoire de la création du LCB

L’historique du LCB est indissociable de la vie de son fondateur Jacques Senez (1914-1999).

Jacques Charles Senez, est né le 14 janvier 1915 à Marseille. Après son bac latin/grec, il fait des études de médecine qu’il conclut par une thèse de pédiatrie. Il préfère ensuaite la carrière de microbiologiste à celle, promise, de chef de service hospitalier.

Mais comment ce jeune médecin s‘est-il éveillé à la microbiologie ?

Ses liens avec la microbiologie remontent à sa jeunesse. Il raconte « Mon père était microbiologiste, et j’ai toujours dans la mémoire, comme la madeleine de Marcel Proust, l’odeur des milieux de culture et du violet de gentiane, lorsque le dimanche matin, j’accompagne mon père à son laboratoire où il examinait les cultures de bacilles diphtériques ». Son rêve de devenir microbiologiste se concrétise en novembre 1942 où jeune médecin stagiaire à la Conception, il se voit offrir, pour une durée d’un an, une place de stagiaire à l’Institut Pasteur, à Paris. Il doit travailler dans le laboratoire de bactéries anaérobies, laboratoire à la renommée internationale grâce à la nouvelle classification des bactéries anaérobies que le docteur André-Romain Prévôt, directeur du laboratoire, avait proposée.
Mais au bout d’un an, il est rappelé sous les drapeaux et part en Allemagne jusqu’en 1945.

Après la guerre, la rencontre avec Georges Petit, professeur de Zoologie à la Faculté des Sciences de Saint-Charles et directeur de la Station Marine d’Endoume, amene J. C. Senez à s’intéresser aux bactéries marines sur lesquelles peu d’information sont disponible.

En 1947, il fait la connaissance de François Canac, spécialiste en acoustique, qui avait dirigé, à l’Arsenal de Toulon, le Centre de Recherche de la Marine. Après que ce centre eut été dissout par les Allemands, F. Canac avait été recueilli avec tout son personnel par le CNRS, à Marseille, Rue Saint-Sébastien, dans un ancien collège des Jésuites, à l’endroit même où le père de J. C. Senez avait fait ses études. De ce logement de fortune était né le CRISM, Centre de Recherches Scientifiques Industrielles et Maritimes. C’est dans ces modestes locaux que F. Canac propose à J.C. Senez de les rejoindre et qu’il le fait nommer Attaché de recherche à temps partiel.

J.C. Senez y crée un petit laboratoire : le Laboratoire de Chimie Bactérienne et de Corrosion biologique où, entouré de quelques collaborateurs (M. Duport, J. Cattaneo et F. Pichinoty) il développe des recherches de microbiologie fondamentale et également « d’applications technologiques » sur les bactéries sulfatoréductrices, la dégradation bactérienne des hydrocarbures par Pseudomonas et la corrosion bactérienne du béton par Thiobacillus thiooxydans.

En 1955, après l’obtention de sa thèse de doctorat ès sciences, J. C. Senez, sur les conseils d’André Lwoff (son parrain au CNRS), quitte la France pour acquérir une expérience internationale et rencontre des personnalités importantes de la biochimie. En Angleterre, c’est Ernest Gale, éminent spécialiste anglais de biochimie bactérienne qui lui proposa un stage dans son laboratoire de Cambridge. Aux Pays-Bas, il est accueilli par le célèbre A. J. Kluyver dans son laboratoire de Delft, considéré par J. C. Senez comme la « Mecque de la microbiologie ».

De retour à Marseille, Il a alors l’ambition d’y implanter, la microbiologie générale dont il avait pris le goût à l’Institut Pasteur, dans l’école de Delft et en Angleterre.
A cette époque, il n’existe pas en France d’enseignement de Microbiologie dans les Facultés des Sciences. Cette discipline dans ses aspects médicauxest par contre enseignée en Faculté de Médecine. C’est grâce à son énergie et sa persévérance qu’est crée à Marseille la seconde chaire de Microbiologie dans une Faculté des Sciences.

Les travaux de Jacques Senez sur la biochimie des transporteurs d’électrons chez les bactéries sulfatoréductrices, sur les mécanismes enzymatiques de la dégradation microbienne des hydrocarbures saturés lui permettent de créer le Laboratoire de Chimie Bactérienne en 1962, dont il assurera la direction jusqu’en 1983. Il a alors 47 ans. D’autres chercheurs vont alors le rejoindre et il oriente toute une série de recherches fondamentales sur la physiologie bactérienne (Biosynthèse du glycogène, énergétique et croissance bactérienne). Il implante l’étude de la génétique et ouvre son laboratoire à des techniques biophysiques comme la microcalorimétrie.

Parallèlement à ses études sur les bactéries sulfato-réductrices, J. C. Senez s’intéresse à l’étude de la dégradation microbienne des hydrocarbures dans un projet en collaboration avec la British Petroleum (BP) connu sous le nom de « Microbiologie du Pétrole ». Ces études aboutissent à un projet de production de protéines alimentaires (Single Cell Protein) par croissance sur hydrocarbures et à la construction d’une usine pilote à Lavera dans le Golfe de Fos, en 1971. Malheureusement le projet doit être abandonné car se produit en 1973 le premier choc pétrolier : la rentabilité du procédé dimine fortement et conduit à l’arrêt de la production en 1975, après l’obtention de quelques milliers de tonnes de levures pour l’alimentation animale.
Jacques Senez a joué un rôle pionner en s’engageant dans cete voie, c’est grâce à lui que la microbiologie a été introduite dans le grande industrie chimique et pétrolière. Il retiendra que « cette aventure passionnante avait montré que la recherche fondamentale et la recherche appliquée pouvaient avancer d’un même pas sur les chemins de la connaissance scientifique. »

Le rôle de Jacques Senez pour implanter la recherche ainsi que l’enseignement de la microbiologie à Marseille fut essentiel. En effet, le LCB fut le premier et pendant longtemps le seul laboratoire de microbiologie crée par le CNRS et, grâce à lui, Marseille est devenue en France un important centre de recherche en Microbiologie.
Au niveau national, il a assuré de 1974 à 1977 la présidence de la Société Française de Microbiologie où il a créé une section de microbiologie industrielle. Pendant de nombreuses années, il a exercé des responsabilités au sein de la section de biologie cellulaire du Comité National en tant que secrétaire, puis président. Il a su donner une part de son temps aux relations internationales en étant de 1970 à 1982, secrétaire de l’Association internationale des Sociétés de microbiologie.

« Sans doute y a-t-il dans le subconscient du scientifique et plus généralement de tous ceux qui se consacrent à la recherche ou à la création artistique, un Peter Pan qui le pousse à prolonger indéfiniment dans le domaine de l’esprit leur jeunesse et l’illusion d’immortalité qu’elle comporte. » Jacques Charles Senez, Ces Demeures sacrées

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